Maximilien Vox, l’homme qui a mis une vie entière dans les lettres de l’alphabet
Biography
Il s’appelait Samuel Monod. Il a choisi de signer Maximilien Vox. Déjà, dans ce geste — prendre un pseudonyme sonore, percutant, mémorable — il y a tout le personnage.
Né en 1894 à Condé-sur-Noireau dans le Calvados, fils d’un pasteur, frère du naturaliste Théodore Monod et grand-oncle de Jean-Luc Godard, Maximilien Vox n’avait pas le profil d’un homme ordinaire. Il commence sa carrière comme caricaturiste à L’Humanité, dessine des couvertures pour Grasset, expose ses gravures au Salon des humoristes à vingt ans. Et puis la typographie l’attrape. Elle ne le lâchera plus.
L’alphabet comme projet de vie
C’est en collaborant à la revue Arts et métiers graphiques de Charles Peignot, de 1927 à 1939, qu’il affine sa passion pour la lettre et commence à étudier les proportions des frontispices. C’est dans ce contexte qu’il signe les 26 lettres-frontispices du Larousse du XXe siècle — son œuvre la plus accessible, la plus populaire, et probablement celle qui lui survivra le mieux.
Le principe est simple et génial : chaque lettre de l’alphabet devient le prétexte à une composition baroque ornementale, avec au centre un personnage qui incarne un moment décisif de l’histoire de l’écriture. Le A, c’est un sculpteur antique gravant une capitale dans la pierre. Le I, c’est Laurens Coster inventant les caractères mobiles en bois. Le J, c’est Gutenberg. Le Z, c’est le conducteur d’imprimerie dans l’ère industrielle. Vingt-six figures. Vingt-six siècles d’histoire. Vingt-six planches.
L’homme qui a nommé les caractères
Ce qui rend Maximilien Vox incontournable dans le monde de la typographie, c’est une classification. En 1954, il crée un système de reconnaissance des caractères typographiques regroupés en neuf familles fondamentales — humanes, garaldes, réales, didones, mécanes, linéales, incises, scriptes, manuaires. L’Association typographique internationale l’adopte en 1962. Elle est encore utilisée partout dans le monde aujourd’hui. Chaque fois qu’un graphiste parle de “garaldes” ou de “didones”, il cite Vox sans le savoir.
En 1952, il fonde avec Jean Giono les Rencontres internationales de Lure, dans son village de Haute-Provence, où se réunissent chaque année les meilleurs typographes du monde entier. Frutiger, Excoffon, Massin, Carson — toute la fine fleur du métier y défile. Vox était ce genre d’homme : celui autour de qui les choses se passent.
Les 26 lettres sont disponibles sur ocear.fr
Les planches frontispices de l’alphabet qu’il a conçues pour le Larousse du XXe siècle sont aujourd’hui des documents de collection. Papier d’époque, près de cent ans, compositions ornementales uniques — chaque lettre est un objet graphique à part entière, encadrable, offrable, mémorable.
Toutes les lettres disponibles en stock sont à retrouver sur ocear.fr — de A à Z, chacune avec sa figure, son siècle et son histoire. Une initiale encadrée sur un mur, c’est déjà un peu de Vox chez soi.
Maximilien Vox est mort le 18 décembre 1974 à Lurs, deux jours après son 80e anniversaire. Un lycée des arts graphiques à Paris et un timbre postal lui sont dédiés. Ses mémoires ont finalement été publiés en intégralité en 2025.