Louis Charles Bombled de Richemont
Biography
Louis Bombled, l’homme qui a dessiné la France en guerre
Peintre, illustrateur, témoin d’une époque · 1862–1927
Il y a des artistes dont on ne connaît pas le nom, mais dont on a tous vu les dessins. Louis Bombled est de ceux-là. Ses illustrations de soldats, de navires, de batailles et de scènes de caserne ont traversé l’enfance de plusieurs générations de Français — dans les pages des encyclopédies, des journaux illustrés et des livres d’histoire. Et le papier a tenu. Près d’un siècle plus tard, ses planches sont toujours là.
Né dans un atelier, mort dans ses dessins
Chantilly, 1862. Louis Charles Bombled de Richemont naît dans une famille de peintres. Son père, Karel Frederik Bombled, est un peintre et lithographe néerlandais installé en France, habitué du Salon depuis les années 1860. Le jeune Louis grandit entre les odeurs de térébenthine et les feuilles de papier à dessin. Il apprend à voir avant d’apprendre à lire.
Il fait ses classes auprès de son père, puis dans l’atelier d’Évariste-Vital Luminais — peintre spécialisé dans les scènes historiques gauloises et mérovingiennes, grand technicien du mouvement et de la lumière. Une école parfaite pour quelqu’un qui passera sa vie à dessiner des hommes en action.
En 1885, il expose au Salon des artistes français. Des portraits peints, sages, conventionnels. Mais Bombled n’est pas un homme de salon. Son terrain, c’est la presse, l’édition, l’image qui raconte vite et bien.
L’homme des rédactions
À partir des années 1880, Louis Bombled devient l’un des illustrateurs les plus sollicités de Paris. Son atelier, au 15 rue Cauchois à Montmartre, tourne à plein régime. Les commandes s’enchaînent : L’Illustration, Le Monde illustré, Le Petit Journal, La Caricature, Le Chat noir, le Journal des voyages.
C’est l’époque dorée de la presse illustrée. La photographie existe, mais elle ne se reproduit pas encore facilement dans les journaux. Ce sont les dessinateurs qui montrent le monde aux lecteurs. Les guerres coloniales, les catastrophes, les cérémonies officielles, les inventions nouvelles — tout passe par leurs mains. Bombled est de ceux qui font ce travail avec une précision et une vivacité qui tranchent sur la production moyenne de l’époque.
Les éditeurs le repèrent vite. Les éditions Rouff lui confient des chantiers immenses : le Rocambole de Ponson du Terrail, L’Histoire de France de Michelet, Le Mémorial de Sainte-Hélène en deux volumes avec 240 dessins en couleurs. Il illustre Walter Scott, Fenimore Cooper, Georges Courteline, Jules Michelet. Et quelques titres plus inattendus — une affiche pour le Gramophone, une publicité pour les cycles Clément-Paris, un texte sur La Guerre de demain pour un certain capitaine Danrit.
Sa passion : les hommes en uniforme
Mais ce qui fait vraiment la réputation de Bombled, c’est autre chose. C’est sa façon de dessiner les soldats.
Les uniformes, les formations, les scènes de bivouac, les charges de cavalerie, les débarquements coloniaux — Bombled les rend avec une exactitude qui tient à la fois du document historique et du récit vivant. On voit les galons, les coutures, les équipements. On sent le mouvement, la fatigue, l’adrénaline. C’est rare. La plupart des illustrateurs militaires de l’époque font l’un ou l’autre. Lui fait les deux.
Il couvre l’épopée napoléonienne, la guerre de 1870, les campagnes de Madagascar, la conquête de l’Algérie — pour laquelle il réalise une série de tableaux d’ombres chinoises pour le Petit Théâtre. Il dessine le Maréchal Foch, des troupes de méharistes dans le désert, des cavaliers en pleine charge. La guerre vue de près, mais redessinée avec le recul de l’historien.
Les encyclopédies : la postérité tranquille
Au tournant du XXe siècle, les grandes maisons d’édition françaises se lancent dans un projet ambitieux : des encyclopédies illustrées capables de montrer le monde tel qu’il est, avec la précision d’un manuel scolaire et la beauté d’un album. C’est dans ce contexte que Bombled signe certaines de ses planches les plus remarquables.
La planche Marine du Larousse du XXe siècle en est l’exemple parfait. Au recto, une autre main a peint en couleurs vives 68 uniformes de la marine française sur trois siècles — du capitaine de vaisseau de Louis XIV aux officiers en grande tenue de 1930. Au verso, c’est Bombled. Et c’est une autre affaire.
En une page, il installe la vie à bord d’un navire de guerre des années 1920. Lancement d’un hydravion par catapulte — la technologie est toute neuve, il la saisit avec la curiosité d’un reporter. Manœuvre du canon antiaérien. École du compas. Signaux à bras. Tambours et fifres des pupilles de la Marine. Et, posé au milieu de tout ça, le hamac du matelot annoté dans ses moindres détails : double fond, matelas, baguette, toile, araignée, raban, hamets pour le serrage. Un objet ordinaire traité comme une pièce de musée.
C’est la marque de Bombled. Rien n’est anecdotique. Tout mérite d’être regardé, compris, transmis.
1927 : Pierrefonds
Louis Bombled meurt en 1927 à Pierrefonds, dans l’Oise, non loin de Chantilly où il était né soixante-cinq ans plus tôt. Il laisse derrière lui une œuvre considérable, dispersée dans les bibliothèques, les collections privées, les pages jaunies des encyclopédies et des journaux illustrés.
Ses dessins ne sont pas dans les musées. Ils sont dans les livres. Dans les placards. Dans les vide-greniers. Dans les mains de collectionneurs qui ont su reconnaître, derrière une signature discrète en bas à gauche d’une vignette, le travail d’un homme qui a passé sa vie à regarder le monde avec attention et à le restituer avec soin.
Le papier a tenu. L’œil aussi.
La planche Marine encyclopédique originale signée Bombled est disponible à la vente sur ocear.fr — document original d’époque, exemplaire unique.